SOS de la population du Camp de Rafah

Bonjour,
Rafah, c'était déjà l'an passé l'expression du désespoir le plus profond quand j'y étais avec la 34ème mission. Les enfants au ventre gonflés qui commençaient à souffrir de la faim alors que la terre y est riche et que la mer poissonneuse est à deux pas. Les enfants au regard fou, surpris de voir des étrangers dans leur terre délaissée. Les adolescents aux yeux vagues, qui n'arrivaient pas à se projeter dans l'avenir. Et devant nous les maisons détruites... soi-disant pour trouver des tunnels d'importation d'armes... jamais trouvés (et pourquoi pas des armes de "destruction massive"). Et ce bloc "O" sans arrêt sous la menace des chars. Et cet hôpital en construction pour lequel nous avions collecté 6000 euros... Un hôpital pour remplacer l'hôpital de fortune installé dans l'ancienne prison.... et dont on sait maintenant qu'il ne pourra faire "l'éducation à la santé" dont nous avions parlé avec Mona... qu'après avoir réglé la question des dizaines de blessés graves des "incursions" de l'armée israelienne.
C'était il y a un an,... et la situation a empiré. Et la situation empire sous nos yeux depuis une semaine. Rafah, oubliée de tous, parce que trop au Sud, parce que Gaza est déjà une prison à ciel ouvert, parce que le désespoir y a fait naître une forte présence du Hamas, parce que la Bande de Gaza n'accueille plus de journalistes depuis des années pour nous montrer des images, pour témoigner.
Rafah sera-t-elle la première ville poussée hors de la bande de Gaza par les tanks, les bulldozers, les chars, les F16 et les hélicoptères Apaches.
Cela s'appelle "le transfert" dans le langage de l'extrême-droite d'Israel.
Cela s'appelle le carnage dans le langage des Droits de l'Homme.
Les Droits de l'Homme seraient-ils absent de cette région de sable à la plus forte densité de population du monde ?
Ca suffit maintenant. Le silence est complicité.
Nul ne pourra dire demain qu'il ne savait pas que c'est bien cet "exode" sous les bombes qui se prépare à Rafah.
Mais c'est maintenant qu'il est temps de stopper à la fois le discours jusqu'au-boutiste de Sharon et de la droite et l'extrême-droite israelienne, et de stopper les chars et les avions de l'armée au service des colons.
Je ne sais pas quoi proposer pour agir. Je suis comme vous et comme Younès, en colère, et dépassé. Réunissons-nous pour faire que les voix citoyennes se lèvent avant le carnage. Pour stopper le carnage qui est déjà en route.
Parlons-en dans chaque réunion auxquelles nous participons. Refusons le chantage terrible qui fait de toute personne qui s'élève contre la politique expansionniste à Gaza, contre la politique de terre-brulée, contre la politique de massacre menée par Israel sur cette terre palestinienne, pourtant "autonome" depuis les accords d'Oslo, qui fait de chaque anti-colonialiste un soit-disant "antisémite".
Trop, c'est trop. Plus personne ne croit à cette fable. C'est uniquement de Droits de l'Homme qu'il est question. Et d'arrêter le massacre, le transfert et l'apartheid.

Hervé Le Crosnier

Ci-après un message de Younès Ajarrai et un message venant directement de Rafah.


-------- Original Message --------
Subject: SOS de la population du Camp de Rafah 20/10/2003
Date: Tue, 21 Oct 2003 13:03:15 +0200 (CEST)
From: ajarraï younès <ajarrai2002@yahoo.fr>


Peut-on continuer à nous taire ?
Un massacre est en train de se produire depuis plus de 10 jours. On subit l'information dans notre silence, peut-être avec la rage au coeur. Mais nous, 34ème et 51ème missions, qui avons été les hôtes de cette population, n'avons pas le droit de rester sans rien faire. Nous, qui avions décidé de les aider par une collecte de fonds auprès de nos concitoyens bas-normands qui ont répondu massivement (plus de 6000 ? collectés), ne pouvons pas ne pas exprimer notre solidarité d'une façon ou d'une autre.
La ville de Rafah lance un cri d'alarme aux moyens d'information, aux consciences vives afin qu'ils dénoncent les pratiques de l'occupation et fournissent une aide et un soutien aux habitants.
NE NOUS TAISONS PAS !
PARCE QUE NOUS SAVONS !

Ci-joint le communiqué de la population de Rafah qui m'est parvenu aujourd'hui.
Younès Ajarraï

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Texte de l'appel :

Les forces d'occupation mènent une opération de nettoyage ethnique à Rafah, soumise à un isolement depuis dix jours, coupé du monde extérieur. Les forces d'occupation mènent une réelle guerre d'extermination contre les habitants de Rafah, nommée "opération de la solution radicale", commencée le vendredi 10 octobre. Cette guerre a commencé par l'invasion totale des camps de Yabna, al-Qassas, Hayy al-Barahima, et al-Shaout, puis ce fut le tour de Hayy Salam, dont les forces d'occupation sont sorties le jeudi 16, pour y revenir et envahir Hayy al-Barazil, à l'est de la ville, qui est coupé du monde depuis quatre jours.
A toutes les consciences vives
L'opération "la solution radicale" est comme le reconnaissent les sionistes, la première du genre dans la bande de Gaza où les forces d'occupation pénètrent dans chaque camp pour une période déterminée, afin de "raser" comme le disent les sionistes, détruisant des dizaines, voire des centaines de maisons, arrachant les arbres et détruisant tout sur leur passage..
Aux moyens d'information
Pourquoi vous ne vous mobilisez pas sur ce qui se passe à Rafah ? En quoi Rafah est-elle différente de Jénine ?
Rafah brûle sous le feu de l'occupation, et les conséquences de l'agression israélienne sont énormes, catastrophiques et risquent de l'être encore plus. Les pertes n'ont pas encore été comptabilisées, mais jusqu'à présent, le comité central des urgences de la ville de Rafah ainsi que l'UNRWA et les associations des droits de l'homme ont recensé les dégâts lors de la première invasion, et ils sont énormes. Les sources officielles palestiniennes de la région de Rafah annoncent pour le premier jour de l'invasion 8 Palestiniens tués, 95 blessés, dont 20 dont les blessures sont graves, la destruction de 120 maisons de façon totale, qui abritaient 183 familles, la destruction partielle de 59 maisons, abritant 126 familles, 40 dunums ont été rsés, 50 tentes en plastique agricoles ont été détruites, 10 puits ont été bouchés, les moteurs d'eau ont été détruits. Près de 4 à 5 millions de dollars de pertes pour les produits agricoles.
Le nombre des martyrs s'est élevé à 15, le nombre de blessés à 150, des dizaines de familles vivent encore sans toit, des dizaines de familles vivent sans électricité et sans eau dans des régions encerclées et la destruction des maisons est toujours en cours.
Rafah, qui a été envahie et encerclée pendant une dizaine de jours, a perdu 1000 dunums de terres agricoles, 6 puits et la surface des terres qui est en train de mourir est de 2000 dunums, la majorité étant située dans les régions ash-shawka et Soufa, à l'est de Rafah.
C'est pour cela que les habitants encerclés de Rafah en appellent aux consciences vives et aux moyens d'information dans le monde pour dénoncer les pratiques israéliennes et pour sauver ce qui peut être sauver, des centaines de familles vivent encore encerclées, sans électricité, ni eau, ni nourriture, ni lait pour les enfants, toute une population qui meurt dans des maisons qui risquent d'être dérruites d'un moment à l'autre.
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